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Présentation

Gabriel Séailles

Publié le vendredi 25 janvier 2013 11:21 - Mis à jour le vendredi 25 janvier 2013 11:21

Depuis le 1er septembre 2006, le collège porte le nom de Gabriel SÉAILLES (1852-1921). D’origine vicoise et Philosophe très engagé lors de l’affaire Dreyfus, il a laissé une œuvre qui fait autorité dans le domaine de l’art, de la morale et de la sociologie.

Il fut, notamment, un des fondateurs de la ligue des droits de l’homme et le premier président de la fédération des universités populaires de France. De plus, Gabriel SÉAILLES défendit avec force et conviction l’école laïque. Autant de valeurs que le collège cherche à mettre quotidiennement en exergue.

Gabriel Séailles est né à Paris le 27 juin 1852, à la fin de la deuxième République. Après de sérieuses études secondaires, il entre à 20 ans à l’Ecole Normale Supérieure après avoir assisté à la défaite de 1870 et à la répression de la commune dont la violence l’a certainement très marqué dans son amour de la paix.

Sorti agrégé de l’E.N.S, il enseigna plusieurs années dans les lycées de province, fit un séjour à Leipzig et en 1886, après une brillante thèse de doctorat, il devient maître de conférence à l’université de Paris; il succède alors à Paul Janet dans la chaire de philosophie. On le voit, une carrière universitaire facile, rapide et brillante.
Enseignant d’une espèce particulièrement rare, il n’avait rien d’un dogmatique, de l’orgueil intellectuel, de l’imperturbable assurance que l’on prête au professeur. Il s’entretenait avec ses élèves, se reprenait, se corrigeait faisant preuve d’une grande sincérité annonçant une nouvelle réflexion. Il ne parlait pas ses cours, il les causait.
Mais Gabriel Séailles n’est pas seulement un enseignant, il est avant tout philosophe, esthéticien, écrivain, artiste. Son œuvre de début, sa thèse:«Le génie dans l’art» révèle ce que sera le cœur de sa doctrine, les recherches relatives à l’art. Sa soif ardente de beauté le conduisait dans les Musées de France et d’Italie mais il ne se bornait pas aux délices de la contemplation. Il s’efforçait de la fixer et de la préciser par la réflexion, c’est en cela qu’il se révélait philosophe.
En 1892 son «Léonard de Vinci» est certainement son chef d’œuvre; puis il étudia Ernest Renan (1896) dans une biographie psychologique. Tout cela dans un style spontané, souple qui révélait parfaitement sa pensée agile.

Ami d’Anatole France, de Carrière, il frappa discrètement à la porte de l’Académie des sciences morales et politiques; il n’y fut pas admis car sa vie, comme celle d’Emile Zola, prit un tour imprévu lors de l’affaire Dreyfus (1894-1906).
Il écrivit une remarquable déposition lors du procès de Zola. Avec une poignée d’intellectuels qui s’étaient faits l’avocat de l’innocent Dreyfus, il fut l’un des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme (1898). Là commence vraiment sa vie publique mais il continua son œuvre au milieu de la tourmente et après:

- Eugène Carrière: l’homme et l’artiste (1900)
- Les affirmations de la Conscience Moderne (1903)
- Education et Révolution (1904)
- La philosophie de Charles Renouvier (1905)
- La philosophie de Jules Lachelier (1920).

Il ne se lança jamais dans la politique et l’action sociale. Malgré ses sympathies pour les idées socialistes et son admiration pour Jaurès, il n’adhéra pas au parti. Il voulait rester libre et combattre avec les armes qui étaient les siennes.

A plusieurs reprises, il présida les congrès internationaux de la libre pensée et fut un moteur du mouvement des Universités Populaires en président leur fédération. Avec Ferdinand Buisson il fut un des apôtres de l’école laïque. Son nom était étroitement associé à celui des grands européens défendant le droit des peuples pour le mieux-être et la paix. Aussi fut-il violemment attaqué notamment par l’extrême droite de l’époque comme le prouve ces extraits d’un article du bimensuel «L’Indépendant» du 15 juillet 1913:

« Séailles, Seignobos, Durkheimet Cie, au Bagne!
Qu’attend-on pour arrêter les chefs du parti anti-français, les théoriciens de la trahison devant l’ennemi, les professeurs de lâcheté que sont les Jaurès, les Seignobos, les Séailles?
Il est nécessaire d’en finir vite avec cette racaille de la Sorbonne, du Parlement et du Ghetto.
…les ministres de la République continuent à faire semblant d’ignorer que M.Séailles est un traître, que Seignobos est un traître, que les intellectuels sorbonnards sont des traîtres.
…vraiment ces pacifistes nous jouent-ils la comédie des bons sentiments et de la haine de la guerre! La seule guerre qu’ils détestent…nous affranchirait de la domination insolente des Juifs, des Métèques, de la ploutocratie cosmopolite et de la maçonnerie internationale.
…Il y a actuellement en France une trentaine d’individus de la caste bourgeoise dite intellectuelle à envoyer à la Guyane par le plus prochain convoi de forçats.»

Grand pacifiste, il estimait que la guerre (1914) avait été imposée à la France et qu’alors, il fallait la mener jusqu’à la victoire« pour éviter le dépècement de la France et l’asservissement du monde». Mais cette victoire devait être la libération des peuples et il écrivit pour cela des brochures sur l’Alsace-Lorraine, le Droit aux nationalités, la Société des Nations et anima aussi les principales réunions de la ligue.
La paix ne fut pas celle qu’il attendait, aussi mena-t-il la bataille de l’Ere Nouvelle dans la Dépêche de Toulouse, le Progrès de Lyon, le Populaire de Nantes et les Cahiers des Droits de l’Homme.
Jusqu’à sa mort le 16 septembre 1922, il tint sa plume d’une main ferme confiant à sa famille et notamment à son gendre qui était aussi son médecin:

«N’attendez pas l’heure des choses étonnantes que vous ne ferez jamais. Soyons simples, ayons des âmes de bons ouvriers. Il faut rester vivant ne jamais trahir, ne jamais avoir peur; ne vous lamentez pas, travaillez et ne faites pas de concessions, jamais de concessions.»

***

Philosophe très engagé lors de l’affaire Dreyfus, Gabriel Séailles a laissé une œuvre qui fait autorité dans le domaine de l’art, de la morale et de la sociologie au sein d’une université mondialement connue où il fréquenta les plus grands noms de son temps. Fier de ses origines populaires et terriennes, en 1913 il répondit favorablement à l’invitation du maire de Vic; le docteur Delucq savait mieux que tout autre à qui faire appel pour rendre hommage à la terre gasconne et Gabriel Séailles marqua si bien la mémoire locale, qu’après sa mort une place de la cité reçut ce nom célèbre et attachant.
 

Louis Lagravère